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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 10:39

 

Propos recueillis par Albane Wurtz le 13 janvier 2011

 

Agriculteur, écrivain et philosophe, Pierre Rabhi est aussi le pionnier de l’agriculture biologique et l’ardent défenseur de la sécurité alimentaire des populations. S’il a voué sa vie à enseigner aux plus démunis le moyen de parvenir à l’autonomie alimentaire en préservant le patrimoine naturel inaliénable, c’est par le biais d’une Fondation qu’il entend désormais mener son action. Pour parvenir à la « sobriété heureuse » dont il rêve pour notre société, Pierre Rabhi défend un changement radical de paradigme. Il nous dessine les contours de ses oasis en tous lieux et nous emmène à la conquête d’un rêve, à portée de main…

 

DeveloppementDurable.com : En quelques mots, pouvez-vous définir le terme agroécologie ?

 

Pierre Rabhi : C’est l’agriculture adaptée aux lois et aux impératifs écologiques. Il s’agit d’inclure aux activités strictement biologiques destinées à la production d’alimentation, des séquences de lutte contre la désertification. Notamment par du reboisement, des grands barrages… En bref, tout ce qui aide à régénérer le milieu naturel dégradé.

 

Dès que ma femme et moi avons eu notre ferme en Ardèche, en 1963, j’ai commencé à pratiquer l’agriculture biologique. J’ai, depuis, milité, enseigné, formé, crée des structures… Je me suis rendu ensuite au Sahel, au Burkina Faso, et c’est là-bas que j’ai pris conscience de l’impossibilité de cultiver de manière biologique dans un milieu désertifié ou en voie de désertification.

 

dd.com : Vous dites que l’agroécologie est un acte de liberté. Liberté de choisir une alimentation saine et respectueuse de la Terre ?

 

P. R. : Pas seulement. Bien sûr, cette liberté passe par l’autonomie. A partir du moment où je peux produire ma propre nourriture je rentre dans une forme d’autonomie. Je suffis à mes propres besoins tout en restant relié aux autres, il ne s’agit pas d’autarcie, les échanges sont maintenus. Une grande quantité de gens vit maintenant dans les villes et a perdu toute capacité à produire et à accéder par elle-même à ce qui la maintient en vie. Compte tenu de la confiscation qui est faite à l’humanité de se nourrir par elle-même, cultiver son jardin, quand on a la possibilité de le faire, c’est un acte politique, un acte de résistance.

 

Soit on laisse l’histoire se poursuivre comme elle a commencé et dans ce cas, l’humanité sera complètement dépendante de trusts internationaux, de systèmes qui les nourrissent, soit nous prenons en charge, quand nous le pouvons, notre survie alimentaire. Absolument indispensable à tout être vivant, cette survie alimentaire n’est pas négociable. Le secteur vital, lié à l’alimentation, doit être maîtrisé par la population elle-même et non pas devenir l’objet de mécanismes commerciaux internationaux.

 

dd.com : Quelles sont les missions de la Fondation Pierre Rabhi ?

 

P.R. : La Fondation Pierre Rabhi œuvre pour la sécurité, la salubrité et l’autonomie alimentaire des populations. Nous avons mis à l’épreuve l’alternative agroécologique au Nord comme au Sud. Nous recevons des demandes considérables de la part des populations parce que l’agroécologie les délivre de l’engrais chimique, indexé sur le dollar, dont elles sont dépendantes et qui a contribué à polluer les sols et les nappes phréatiques. Pour répondre à toutes ces demandes, nous avons fait preuve de dévouement, avec le peu de moyens que nous avions. Or, si nous voulons être à la hauteur de l’enjeu, nous devons collecter beaucoup plus de moyens. Et la Fondation doit nous y aider. Concrètement, nous allons renforcer ce qui a déjà été engagé. Nous ne commençons rien, nous amplifions l’existant.

 

Nous bénéficions de structures, au Nord et au Sud, qui expérimentent et enseignent l’agroécologie. Pour vous donner un exemple, j’ai accompagné le monastère orthodoxe de Solan, site de 65 hectares dans le Gard, pendant une dizaine d’années. L’expérience a été tellement concluante que j’ai été invité par le pape de Roumanie qui m’a fait part de son souhait de l’étendre aux 500 monastères de Roumanie. Nous avons donc du pain sur la planche ! Bien sûr nous n’allons pas nous rendre dans chaque monastère mais nous allons créer des lieux d’enseignement et de transmission de l’agroécologie. Les monastères étant ouverts aux paysans environnants, c’est toute la population qui bénéficiera de l’alternative agroécologique.

 

dd.com : N’est-ce pas un formidable moteur pour vous de constater qu’il y a tant de volontés de par le monde de changer les choses ?

 

P. R. : La grande difficulté, c’est maintenant de respecter ma propre santé. Mais c’est effectivement intéressant étant donné qu’il y a encore quelques temps, notre discours et notre message étaient considérés comme irréalistes et marginaux. La crise aidant, la société se retrouvant sans perspectives d’avenir, les Etats déposant le bilan, la contamination risque de se propager rapidement. Surtout quand on constate l’acharnement des pouvoirs publics à maintenir un système déjà mort. C’est la raison pour laquelle nous plaidons pour un changement radical de paradigme. Nous voulons repenser le monde sur d’autres critères que celui du « toujours plus » d’une minorité humaine au détriment de la grande masse de nos semblables. C’est une option absurde à laquelle nous ne voulons pas souscrire. J’ai toujours dit, et notamment en 2002 lorsque je me suis présenté aux élections, que le modèle actuel n’était pas réformable et que nous ne devrions pas rafistoler un modèle dont les fondements sont erronés. Il est vital de remettre l’humain et la nature au cœur de nos préoccupations mais d’y ajouter aussi une certaine modération. Si nous ne rentrons pas dans la civilisation de la modération (voir livre Vers la sobriété heureuse), je pense que nous ne trouverons aucune solution. Nous ne pouvons pas demander à la planète, au fur et à mesure qu’on en épuise les ressources, de maintenir un modèle basé sur l’insatiabilité permanente.

 

dd.com : Dans ces conditions, comment agir ? Quelle serait la recette idéale ?

 

P. R. : Si vous possédez un petit lopin de terre, vous pouvez déjà cultiver votre propre jardin. Comme je l’ai dit, c’est un véritable acte politique. J’avais proposé, il y a quelques années, la création d’oasis en tous lieux : il s’agissait de regrouper les gens pour recréer du lien social et de la solidarité.

 

Je suis catégorique, il faudrait aussi relocaliser l’économie : que les communautés humaines répondent par elles-mêmes à leurs besoins et qu’elles arrêtent de fréquenter les supermarchés. La grande distribution est une horreur, c’est la destruction même de la liberté. En créant des lieux dans lesquels la solidarité peut s’exercer, nous pourrions proposer des éléments hors marché. Aujourd’hui ce qui n’a pas un prix n’a pas de valeur. C’est totalement incohérent vu que certaines choses ont une immense valeur mais pas de prix, comme la vie. Les ressources vitales ne devraient pas avoir de prix non plus, on ne devrait pas pouvoir vendre la terre, l’eau, tous les biens communs indispensables à la vie et qui devraient être considérés comme le patrimoine collectif inaliénable et indétournable. Aujourd’hui nous assistons à une spoliation permanente du bien commun de la part des personnes qui ont de l’argent.

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Published by Jean Dossoy - dans Notre société
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